Opéra | Siegfried de Wagner à Bastille

La deuxième journée du Ring de Wagner en est aussi la centrale. Leur domaine volé en éclat, les dieux vont à pied, sur une terre où la nature redicte sa loi. Apprendre la peur pour ne pas mourir, s’affranchir du divin pour s’aimer en humain. Si Calixto Bieito saisit cette essence, le récit initiatique et le drame romanesque lui échappent. Un manque cruel pour celui qu’on a connu plus inspiré, dans Carmen ou ailleurs. Un manque cruel pour le spectateur aussi.

Peu de choses à sauver ici : les arbres poussent vers le bas comme les dieux tombés sur terre. Éclair jaune animé dans une forêt desséchée, un canari guide Siegfried vers le rocher de Brünhilde où, littéralement, le jeune homme amoureux brise la glace. Quand, au mieux, elle n’existe pas – le décor façon Chasses du Comte Zaroff a son charme sombre et désuet – la mise en scène nous met la tête à l’envers.

Heureusement, le plateau vocal nous remet les oreilles à l’endroit et les idées en place. Andreas Schager est un Siegfried omniprésent émouvant et robuste. Gerhard Siegel donne à Mime tous les registres d’un VRP raté, hableur et fourbe à souhait. Le Wanderer de Derek Welton marie avec bonheur allure et profondeur. Brian Mulligan confirme la noirceur de son Alberich même s’il réussit – enfin ! – à avoir un héritier. Mika Kares n’a pas besoin de porte-voix pour faire entendre son Fafner.

Les femmes sur le plateau comme dans les airs sont au même niveau sinon mieux. Marie-Nicole Lemieux résiste aussi bien à Wotan / Wanderer qu’à l’orchestre tandis que Tamara Wilson, aussi intense dans la vaillance que dans l’intime, continue de nous donner sa master-class de Brünhilde.

L’orchestre est une énigme. Privé de la mise en scène et riche de timbres parfaits, il ne devrait pas, comme le spectateur, se poser de questions. La baguette précise et légère de Pablo Heras-Casado lui donne de belles couleurs mais peut-être pas assez de fougue voire de furie, ou simplement d’énergie. Pas autant que celle de Siegfried / Schager en tout cas.

Au final et pour ce soir de première, la tentative de standing ovation par certains au parterre a avorté dans l’oeuf. Un signe… et une soirée à (ré)écouter les yeux fermés, pour les voix. France Musique la diffusera le 21 février 2026 à 20h dans l’émission « Samedi à l’Opéra » présentée par Judith Chaine puis en streaming sur le site de France Musique et l’application Radio France.

Siegfried

DEUXIÈME JOURNÉE EN TROIS ACTES DU FESTIVAL SCÉNIQUE L’ANNEAU DU NIBELUNG (1876)

Musique et livret : Richard Wagner

Direction musicale : Pablo Heras-Casado

Mise en scène : Calixto Bieito

Décors : Rebecca Ringst

Costumes : Ingo Krügler

Lumières : Michael Bauer

Vidéo : Sarah Derendinger

Dramaturgie : Bettina Auer

Siegfried : Andreas Schager

Mime : Gerhard Siegel

Le Voyageur : Derek Welton

Alberich : Brian Mulligan

Fafner : Mika Kares, basso

Erda : Marie-Nicole Lemieux

Brünnhilde : Tamara Wilson

L’Oiseau de la forêt : Ilanah Lobel-Torres, Soprano

Membre de la Troupe lyrique de l’Opéra national de Paris

Orchestre de l’Opéra national de Paris

L’ensemble des décors et des costumes de la production a été développé par les ateliers de l’Opéra national de Paris.

Opéra Bastille – Samedi 17 janvier 2026 à 18h00

PREMIÈRE – NOUVELLE PRODUCTION

121e représentation à l’Opéra national de Paris et 1ère dans cette mise en scène

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