La violoniste belge Sarah Bayens et le pianiste français Dimitri Malignan fêtaient à Paris la sortie de leur album dédié à Henriëtte Bosmans “Le Diable dans la nuit” (Editions Hortus). L’occasion de les entendre dans un programme original, diablement intelligent, sensible et prenant. La Sonate en sol majeur (1867) saisit dès les premières mesures par ses accents sincères et captivants. Grieg, romantique formé à l’école allemande, chante, danse et célèbre aussi son propre folklore sous l’archet et les doigts réunis à Cortot. Le duo s’entend à merveille, mûr et naturel. Beauté et émotion nous portent sans le moindre effort apparent ni jamais nous lâcher. Grieg et Bosmans, que beaucoup découvrent ici, avaient des liens par leurs familles, par la musique aussi. Le programme de ce soir les unit dans un bel effet miroir. Le Prix Cortot 2017 seul au piano joue avec malice une pièce du père de Peer Gynt, un prélude d’Henriëtte puis une pièce de Grieg et ainsi de suite. L’impact est saisissant. Inspirations et influences se révèlent, climats et caractères alternent avec en trait d’union un mariage entre la gaîté et la mélancolie. Comme dans la vie. Née à Amsterdam dans un foyer musical – sa mère enseigne le piano, son père 1er violoncelle du Concertgebouw meurt quand elle a 6 mois -, Henriëtte Bosmans consacre sa vie à la musique. Pianiste concertiste et professeure à 17 ans, compositrice reconnue en son temps, l’occupation nazie mettra sa carrière en sommeil. Son œuvre sort aujourd’hui de l’oubli grâce en particulier au travail de Dimitri Malignan et ses Missing Voices. Bosmans puise le lyrisme et la passion de sa 2ème Sonate pour violon et piano aux sources du romantisme. Equilibre et sensibilité y font aussi merveille avec des climats nuancés dont le violon et le piano donnent avec brio et une belle pudeur, toutes les couleurs et les contrastes. En bis De Falla et Ravel rappellent à leur tour ce que la musique savante doit au folklore, ses danses légères comme ses accents profonds. Quand deux artistes comme ceux de ce soir – deux magiciens diront certains happés par le mystère qui unit le charme et la vitalité, la maîtrise et la grâce – quand deux magiciens donc mettent à son service autant d’art, de sens et de conscience, la musique, science populaire au bon et propre sens du terme, partage noblesse et humanité. Sarah Bayens, violon Dimitri Malignan, piano Programme Edvard GRIEG (1843-1907) Sonate pour violon et piano n° 2 en sol majeur, op. 13 (1867) • Lento doloroso – Poco allegro – Allegro vivace – Presto • Allegretto tranquillo • Allegro animato Pièces lyriques pour piano (5ème recueil), op. 54 (1891) • n° 1. Gjætergut (garçon vacher) • n° 3. Troltog (marche des nains) • n° 4. Notturno • n° 5. Scherzo Henriëtte BOSMANS (1895-1952) 6 Préludes pour piano (1917-1918) • n° 1. Moderato assai • n° 2. Lento assai • n° 4. Allegretto • n° 5. Lento Sonate pour violon et piano (1918) • Allegro passionato, ma non troppo mosso • Non troppo presto • Adagio • Moderato assai – L’Istesso Tempo dell’Adagio – Allegro ma non troppo En bis : De Falla, Ravel
Paris, Salle Cortot – Jeudi 29 janvier 2026, 20h Nouveaux Virtuoses Ecole normale de musique de Paris – Alfred Cortot
Simone Strähle Music N Com
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