Verdi | Un Bal Masqué à Bastille

Fêté par Milan aux JO d’hiver, Verdi l’est-il à Bastille pour son Bal Masqué ? Ce que nous en avons vu et entendu le 5 février souffle le chaud et le froid. Le chaud avec ses faux airs de première, tout-Paris en livrée au parterre accroché aux deux gosiers sacrés réunis pour une de leurs trois dates de ce Bal ensemble. Le froid avec la mise en scène (f)rigide et statique, minimaliste dirait-on pour ne pas blesser, de Gilbert Deflo. Un hémicycle à l’antique, une grotte à la diable, un gibet à deux têtes, un banc-fontaine façon boîte de chocolat à l’effigie du gouverneur – le décor le plus convaincant pour l’altercation Renato/Amelia au début de l’acte III -, le salon d’un palais où la fête est le seul moyen de se dérider. Avec des espaces aussi vides et distants, la scène mériterait d’être habitée. Malheureusement, tous les protagonistes ne logent pas à la même enseigne, le chaud et le froid alternent. Netrebko fait du Netrebko. Elle chantonne pour se chauffer la voix dans la grotte d’Ulrica, monte dans les tours pour calmer Riccardo trop ardent au pied du gibet. Les montagnes russes abordent un premier sommet dans ses “Va, fuggi, va” sonores et parfaits, accordés comme jamais à ceux d’un partenaire qu’elle connaît par coeur et retrouve visiblement ce soir avec bonheur. Elle ne fera pas le même honneur aux autres et se mettra à leur niveau sans les tirer vers le haut. Lirico spinto, e basta cosi ! Insouciant c’est sûr, énergique à n’en pas douter, amoureux, ça crève le coeur, Matthew Polenzani est un Riccardo timbré et stylé de bas en haut, contre-ut de l’acte II compris, mais qui marque la gradation du rôle plus par la fatigue vocale au fur et à mesure du drame que par la noblesse et l’élan. Un marin souriant et léger oui mais LE ténor assoluto ? L’Oscar vif et vrai de Sarah Blanch est la bonne surprise du soir, une confirmation pour ceux qui avaient vu son Adèle du Comte Ory au TCE en 2024. Un passé de danseuse lui ouvre toute la scène – il y a de la place ! – et sa voix qui roule et scintille seule comme au creux des ensembles, joue vraiment et exprime les sentiments. Que demander de plus ? La noblesse, le drame et l’engagement, plus que le métier, sont-ils les grands absents du Bal de ce soir ? Ce serait oublier Renato, Ulrica, la cheffe, Speranza Scappucci, ses chœurs et l’orchestre. Ludovic Tézier, baryton Verdi s’il en est, unit noblesse du ton et intelligence du texte à l’art d’un instrument au maintien et naturel égaux et constants. Une leçon ! Elizabeth DeShong fait – enfin ! – ses débuts à l’Opéra de Paris et rien ne l’impressionne, pas même un plateau nu flanqué de trois têtes de dragon. La mezzo sait ce que scène veut dire. Elle tient tête et tripes face aux marins, les vrais et les faux, que lui envoie Verdi pour tester son art et à une Amelia-Netrebko encore en mode pré-chauffage. Le grave sonore de la devineresse résonne toujours dit-on dans les travées et la fosse de Bastille. Une fosse où la cheffe met elle aussi un peu de temps avant de trouver la balance entre musique et drame. Une fois ajustée, elle fait de l’orchestre l’écrin parfait, tantôt reflet, tantôt contrepoint, des caractères et sentiments à l’œuvre sur scène. Climats changeants, paradoxes et contradictions, l’orchestre et les chœurs précis et équilibrés chantent eux aussi, lyriques, tendus mais fluides. Un bon orchestre pour un bon Bal, c’est déjà pas mal non ? Un bal masqué MELODRAMMA EN TROIS ACTES (1859) Musique : Giuseppe Verdi Livret : Antonio Somma D’après : Eugène Scribe, Gustave III ou le bal masqué Direction musicale : Speranza Scappucci Mise en scène : Gilbert Deflo Décors et costumes : William Orlandi Chorégraphie : Micha van Hoecke Chef des Chœurs : Alessandro Di Stefano Riccardo : Matthew Polenzani Amelia : Anna Netrebko Renato : Ludovic Tézier Oscar : Sara Blanch Ulrica : Elizabeth DeShong Samuel : Christian Rodrigue Moungoungou Tom : Blake Denson Silvano : Andres Cascante Un giudice : Ju In Yoon Un servitore di Amelia : Cyrille Lovighi Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris L’ensemble des décors et des costumes de la production a été développé par les ateliers de l’Opéra national de Paris Paris, Opéra Bastille – Jeudi 5 février 2026 à 19h30 Un bal masqué fera l’objet d’une retransmission en direct au cinéma le dimanche 8 février 2026 à 14h30 en France, Belgique, Suisse et au Luxembourg, réalisée par François-René Martin et produite par l’Opéra national de Paris avec le soutien de la Fondation Orange, mécène des retransmissions audiovisuelles de l’Opéra national de Paris.

Liste des cinémas participants sur operadeparisaucinema.com

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